Compte rendu de notre apéro de rentrée

CONSEIL DE QUARTIER SAINT-LOUIS / FAUBOURG-DU-TEMPLE

APÉRO DE RENTRÉE BUDGET PARTICIPATIF

mercredi 19 septembre 2018, 19 h

COMPTE RENDU – RAPPORT D’ÉTONNEMENT

 

 

Une quinzaine de personnes (dont un habitant du 11e arrondissement, représentant le CQ Belleville / Saint-Maur, et cinq membres de l’équipe d’animation SLFT ; aucun porteur de projet), ont répondu à l’invitation lancée par l’équipe d’animation et se sont retrouvées au Centre social Aires 10 cinq jours avant la fin de la période de vote pour discuter du budget participatif en général et de l’édition 2018 plus particulièrement.

La discussion s’est articulée autour d’une lecture collective de la plaquette d’information réalisée par la Mairie du 10e arrondissement et diffusée pendant la période de vote. Après la première constatation dépitée d’une habitante qui disait découvrir le budget participatif – « On n’y comprend rien ! » – les échanges ont fait émerger des questions et des propositions portant :

1o sur la plaquette comme outil de communication

2o concrètement sur les projets « présentés »

3o sur des améliorations possibles

 

I. La plaquette

  • ne comporte pas le minimum d’éléments nécessaires à la compréhension et l’orientation de ceux qui rencontrent le dispositif pour la première fois :

– qu’est-ce qu’un « budget participatif » ? pour quoi faire ?

– d’où sortent les projets ? (« proposés par les Parisien/ne/s » – qui ? quand ? comment ?)

– comment se fait l’évaluation financière ? comment expliquer l’écart de plus de 1 à 100 pour les projets de l’arrondissement ?

– quelle est la part du budget participatif dans le budget global de l’arrondissement ? n’y a-t-il pas confusion quand on voit le budget participatif servir à l’entretien d’équipements publics comme les toilettes des écoles ?

– qu’est-ce qu’un « investissement » ?

– qu’est-ce qu’un « quartier populaire » ? parmi les projets présentés, comment savoir lesquels ciblent les « quartiers populaires » ? comment savoir si notre quartier sera concerné par les projets « tout Paris » ciblant les « quartiers populaires » ?

– combien de projets pourront être retenus ?

– comment choisit-on de voter dans un arrondissement plutôt qu’un autre ? est-ce forcément l’arrondissement du domicile ?

(Certes, tout cela est plus clair sur le site internet du budget participatif, mais 1o tout le monde n’est pas connecté, 2o des documents comme ce dépliant devraient cibler prioritairement ceux qui n’ont pas d’autre source d’information et 3o le dépliant n’indique même pas qu’il y a un supplément d’informations à trouver sur le site et n’invite pas à s’informer avant de voter. Quant à la troisième source possible d’informations – le bouche-à-oreille –, les membres de l’équipe d’animation ayant participé à la tenue d’urnes mobiles, notamment devant les écoles, signalent le peu de temps dont disposent les votants potentiels et le souci, manifesté clairement par les agents de la Mairie, de faire surtout voter le plus grand nombre de personnes possible.)

  • annonce une réunion publique traitant de la réalisation des projets déjà votés, mais qui ne pourra aider à éclairer les choix pour l’édition 2018, la réunion devant se tenir après la fin du scrutin
  • fait bien de proposer une carte qui situe les projets pour l’arrondissement – même si l’emplacement de ces projets (presque tous le long du canal Saint-Martin ; un seul pour le quartier Hôpital Saint-Louis / Faubourg du Temple) accuse un déséquilibre qui demanderait des explications
  • la plaquette, centrée uniquement sur le 10e, ne comporte aucune ouverture sur les arrondissements voisins, alors que tous les quartiers sont limitrophes d’au moins un autre arrondissement, Saint-Louis / Faubourg du Temple de deux, et que les projets proposés à nos voisins ou votés par eux peuvent avoir des répercussions aussi chez nous (exemple : les reports de circulation à craindre suite à la piétonnisation annoncée d’un segment du bd de Belleville, issue de projets votés en 2016 au budget participatif du 11e et du 20e et d’un processus de concertation limité à ces deux arrondissements)
  • un participant note la présence d’une urne dans un emplacement ciblé justement par un des projets les plus coûteux (alors que le Centre social Aires 10, au cœur de notre quartier pauvre en projets, a perdu son urne) : l’impartialité est-elle vraiment garantie ? La pré-sélection par la Mairie de trois projets sur le bulletin « Tout Paris », que le dépliant nous recommande, mais dont un seul vise expressément le 10earrondissement, pose la même question : pourquoi la Mairie du 10e croit-elle l’arrondissement plus concerné par le projet de sport dans les quartiers populaires que par ceux qui ciblent la santé ou l’économie solidaire dans ces mêmes quartiers populaires ?

En conclusion : à la question « quelle est l’information principale qu’on retient du dépliant à propos du budget participatif ? », les habitants estiment que ce document semble conçu uniquement pour faire voter (c’est-à-dire augmenter le nombre de votants, faire du chiffre), et non pour éclairer les votants.

 

II. Les projets

  • comme dans les éditions précédentes, les intitulés des projets sont très peu parlants ; des participants citent en exemple les nos9 (« soutien à la biodiversité ») et 18 (création d’un « espace canin ») – à noter que ni l’un ni l’autre ne figure parmi les lauréats
  • d’autres intitulés semblent, en revanche, trop dire ou masquer le fond du projet ; exemples, les nos 13 (« embellir les sanitaires dans les écoles » – pourquoi « embellir », alors que le détail du projet sur le site internet parle clairement de la remise en état d’équipements vétustes ?) ou 2 (« animation et rénovation de la place Raoul Follereau » – seul projet du 10e dans la catégorie « solidarité et cohésion sociale », alors que l’aménagement d’aménités pour les riverains semble viser aussi à exclure les migrants qui cherchent abri sous les arcades de la place, à renforcer donc la cohésion sociale chez les uns aux dépens justement de la solidarité avec les autres – mais tous les habitants de l’arrondissement à qui le projet est proposé ont-ils conscience de cet aspect ?)
  • d’autres intitulés encore, conçus apparemment pour recueillir le consensus le plus large, restent obscurs ; certains se demandent si ce ne sont pas de ces « fourre-tout » qui, dans les éditions précédentes, ont trop souvent donné aux porteurs de projet l’impression d’être dépossédés de leur idée (exemple : « Paris, capitale solidaire » – difficile d’être contre, mais aussi de voter pour sans savoir exactement en quoi cela consiste, et, dans ce cas, même la consultation du site internet ne permet pas de concrétiser, à moins de remonter à la teneur initiale de chacune de la foultitude d’idées très diverses rassemblées sous ce chapeau)
  • à la réunion plénière du conseil de quartier Hôpital Saint-Louis / Faubourg du Temple consacrée en septembre 2017, en partie, au budget participatif, Sylvain Raifaud, maire-adjoint du 10e chargé de la démocratie locale et du budget participatif, avait annoncé que, vu le nombre de projets de végétalisation déjà votés et non encore réalisés et les nombreux autres cadres prévus pour ce genre d’initiative (notamment le « permis de végétaliser »), la part des projets de végétalisation serait très notablement réduite dans l’édition 2018 ; nous constatons pourtant qu’ils représentent toujours plus d’un quart du total des projets pour le 10e et que le seul projet présenté dans notre quartier est justement un projet de végétalisation dont la nécessité ne s’impose pas – dans un passage qui a déjà le rare bonheur de posséder plusieurs arbres – n’aurait-il pas été mis sur le bulletin uniquement pour que le quartier ne reste pas sans projet ?
  • certains projets reposent la question de la définition du budget participatif, ainsi les nos13 et 14 – sans du tout contester le besoin de sanitaires en état de marche dans les écoles ou d’un gymnase au collège de la Grange-aux-Belles, les habitants ne comprennent pas comment il se fait que ces projets, relatifs aux équipements des établissements d’enseignement dépendants de la Ville, se trouvent soumis aux aléas du budget participatif (où le gymnase consommerait d’ailleurs la moitié des crédits réservés aux quartiers populaires), et les bénévoles membres de l’équipe d’animation n’ont pas d’explication à leur fournir ; autre question en rapport avec cela : si la création du gymnase dépend du budget participatif, qu’en sera-t-il des frais de fonctionnement qu’entraînera forcément cet équipement nouveau ?
  • le projet no14 pose par ailleurs un problème de classification ; en effet, le projet no 1 (« rénover le gymnase Jemmapes »), concernant également un gymnase du même quartier, est classé « sport », le gymnase du collège, « éducation et jeunesse » ; là encore, les habitants se demandent ce qui motive cette distinction
  • la question de l’opacité des évaluations financières amène certains à reparler du projet « L’agora du faubourg », gagnant de l’édition 2016, mais (semble-t-il) à l’arrêt pour cause de sous-évaluation (le montant voté, pourtant conséquent, ne couvrant qu’un quart du coût des travaux qui seraient actuellement envisagés)

 

III. Les propositions

  • Toutes les personnes présentes s’accordent pour considérer le budget participatif comme une avancée positive… mais qui laisse encore beaucoup de place aux améliorations. Nous sommes plusieurs à regretter que l’accent soit mis (temporellement et matériellement) sur la période de campagne, conçue non pas dans une optique d’éducation populaire à l’intérêt général, mais plutôt de mise en concurrence des différents projets et d’arguments de vente, aux dépens de la période de vote. Plutôt que de prodiguer de l’argent pour imprimer des T-shirts publicitaires et organiser des ateliers destinés à apprendre aux porteurs de projet à « booster leur com’ », avec au bout du compte une plaquette faisant l’impasse sur le pourquoi du vote, n’aurait-on pas plutôt intérêt à prolonger la période de vote et à mettre des moyens pour permettre aux habitants de s’informer plus largement et dans une optique non partisane ? Il nous semble que seule une telle démarche serait susceptible d’élargir réellement l’assiette du vote et de donner ainsi son plein sens au dispositif – que le budget participatif ne confirme pas, mais combatte la dérive qui tend à faire de la démocratie l’apanage d’une minorité. Notre voisin du 11e nous dit que le conseil de quartier Belleville / Saint-Maur rédige sa propre brochure d’information, pour mieux adapter le langage aux habitants.
  • Une autre idée serait d’organiser le vote, non par arrondissements mais par quartiers. La rue du Faubourg du Temple coupe en deux un même quartier. Les habitants du quartier Saint-Louis / Faubourg du Temple sont concernés davantage par les projets de leurs voisins de Belleville / Saint-Maur que par ceux de Saint-Vincent de Paul / Lariboisière, les habitants de Belleville / Saint-Maur davantage par les projets de Saint-Louis / Faubourg du Temple que par ceux de Nation / Alexandre-Dumas.
  • Un autre moyen de rééquilibrer serait de permettre aussi un vote négatif. Notre voisin du 11e cite ainsi l’exemple du projet de piétonnisation de la rue Oberkampf entre Richard-Lenoir et Parmentier, gagnant dans le 11e en 2017. Le projet pouvait sembler sympathique à tous ceux qui font la fête dans les bars de la rue, mais les riverains, plus touchés par les nuisances, ne partageaient pas forcément le même point de vue, et la liste des projets retenus pour le scrutin ne permet pas, même sur le site internet, d’apporter des commentaires afin de porter à la connaissance des votants tous les aspects de la question.
  • En marge, mais non sans rapport avec le projet de réaménagement du bd de Belleville déjà évoqué, pour tenter d’engager tous les habitants concernés dans le suivi du projet, l’idée a été émise d’organiser prochainement une plénière inter-arrondissements (10e-11e-19e-20e) au sujet du carrefour de Belleville.

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